Un formulaire n'est pas le droit
Accès au dossier médical dans le canton de Vaud: ce que révèlent les parcours du CHUV, d'Hirslanden, de La Source et d'un échantillon d'hôpitaux FHV
Auteur.es: L'Equipe droit-et-sante.ch, août 2026
Un formulaire incomplet ne supprime pas formellement le droit au dossier. Mais lorsqu'il porte le titre de «demande de dossier patient», cite une loi abrogée et ne permet pas de cocher «dossier complet», il peut rétrécir en pratique un droit que l'art. 24 LSP veut large. La comparaison vaudoise appelle une correction institutionnelle et un standard cantonal, sans autoriser à conclure trop vite à une violation générale.
EN BREF
1. Le problème juridique se trouve aussi dans l'interface
Le droit d'accès au dossier médical paraît simple: demander, recevoir, lire. Dans la pratique, la personne ne part pas toujours du texte légal. Elle part d'une page web, d'une adresse e-mail ou d'un formulaire. Le document institutionnel devient ainsi l'interface entre le droit et son exercice. Les cases qu'il offre, les mots qu'il emploie et les canaux qu'il autorise orientent la démarche avant même que l'établissement ne l'examine.
C'est pourquoi la question n'est pas seulement de savoir si un établissement remet finalement un dossier complet à la personne qui connaît ses droits et insiste. Il faut aussi examiner ce qu'un usager raisonnable comprend du parcours à suivre: peut-il solliciter l'ensemble des pièces sans deviner la formule juridique? Sait-il qu'il peut les consulter, se les faire expliquer, en obtenir une copie et les transmettre au professionnel de son choix? Comprend-il ce qui est gratuit, ce qui peut exceptionnellement être facturé et à qui s'adresser si plusieurs responsables les détiennent?
Cette perspective est particulièrement importante pour les personnes âgées, allophones, malvoyantes, atteintes d'un handicap cognitif ou moteur, éloignées du numérique, ou simplement peu familières du droit. Elle ne permet toutefois pas de qualifier automatiquement un formulaire d'illégal. Une analyse fondée doit distinguer le droit matériel, la procédure réellement appliquée et la qualité de l'information publique.
2. Ce que garantit réellement l'art. 24 LSP
2.1 Un droit à consulter, comprendre, recevoir et transmettre
L'art. 24 de la loi vaudoise sur la santé publique reconnaît quatre dimensions complémentaires: consulter le dossier, obtenir une explication de sa signification, recevoir en principe gratuitement les pièces en original ou en copie, et les faire transmettre au professionnel de santé choisi. La page officielle du Canton précise que le droit porte sur l'ensemble du dossier: anamnèse, diagnostic, traitements, médicaments, résultats de laboratoire, radiographies, expertises, rapports d'opération et de séjour, certificats et autres pièces pertinentes. [1] [2]
Le droit n'est pas absolu. Il ne s'étend pas aux notes rédigées exclusivement pour l'usage personnel du professionnel ni aux informations couvertes par le secret qui concernent des tiers. Lorsque la consultation pourrait avoir de graves conséquences, elle peut être organisée en présence d'un professionnel. Ces exceptions doivent être appliquées à des pièces déterminées; elles ne transforment pas le dossier complet en une sélection standard de lettres de sortie et de rapports opératoires. [1] [2]
Le Conseil d'État a par ailleurs rappelé que le dossier électronique du patient n'est pas le dossier médical complet. L'existence d'un DEP ne dispense donc pas l'établissement de traiter une demande fondée sur l'art. 24 LSP. [26]
2.2 La LPD ajoute des règles de procédure pour les acteurs privés
Pour une clinique privée soumise à la LPD fédérale, l'art. 25 LPD complète le droit cantonal d'accès aux données personnelles. Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence précise que la démarche n'a pas à être motivée, que l'identité peut être vérifiée de manière adéquate et que la réponse intervient en principe dans les trente jours; si ce délai ne peut être tenu, la personne doit être informée et recevoir une indication sur la date prévisible. [3] [4] [27]
La gratuité reste le principe. Sous le régime fédéral, une participation ne se justifie qu'en présence d'un effort disproportionné, avec information préalable et dans la limite réglementaire; les simples coûts usuels de copie, d'impression ou de port ne suffisent pas, selon la FAQ du PFPDT. Pour les établissements publics ou investis d'une mission publique, le régime de protection des données applicable peut être cantonal. L'art. 24 LSP demeure néanmoins le socle matériel commun dans le canton. [1] [4]
2.3 Le formulaire n'est pas une condition du droit
L'art. 24 LSP n'impose pas l'emploi d'un formulaire institutionnel. L'art. 16 OPDo admet expressément la voie électronique, et le PFPDT cite le courriel parmi les moyens possibles. Un établissement peut proposer son propre document pour identifier la personne, localiser le séjour et sécuriser l'envoi. Il ne peut pas, par cette interface, réduire la portée du droit. Une lettre ou un message électronique suffisamment clair doit donc pouvoir être traité. [1] [4] [27]
Le bon test de conformité est fonctionnel: le formulaire facilite-t-il l'exercice de toutes les options principales, ou les masque-t-il? Une lacune informative n'équivaut pas toujours à un refus illégal. Elle devient juridiquement décisive si le formulaire est présenté ou appliqué comme voie exclusive, si un écrit libre est écarté, si seules les pièces pré-cochées sont remises, si un motif est exigé ou si des frais ordinaires sont systématiquement facturés.
3. Méthode: une comparaison de l'accès public, pas un audit secret
L'examen a porté sur les pages et formulaires publiquement accessibles le 18 août 2026. Le périmètre comprend le CHUV, Hirslanden (Cliniques Cecil et Bois-Cerf), la Clinique de La Source, Swiss Medical Network/Clinique de Genolier, ainsi qu'un échantillon de quatre membres de la Fédération des hôpitaux vaudois: eHnv, GHOL, Hôpital Riviera-Chablais et Ensemble Hospitalier de la Côte. L'échantillon FHV est illustratif; il ne permet pas d'imputer une pratique uniforme à la fédération. [5] [7] [8] [9] [11] [13] [15] [16] [18]
Cinq critères ont été retenus: visibilité du droit au dossier complet; possibilité de choisir des pièces déterminées; consultation, explication et transmission; canaux et assistance; information sur délais et coûts. Aucun test comparatif n'a été organisé et aucune fausse identité n'a été utilisée.
4. Ce que montrent les parcours publics
La comparaison porte sur le CHUV, trois groupes privés et quatre membres de la FHV. Elle ne permet pas de classer les établissements selon leur pratique réelle: elle mesure ce qu'une personne peut comprendre et demander à partir des informations publiées. Le terme «non identifié» signifie qu'aucun parcours dédié n'a été trouvé dans le périmètre public consulté; il ne signifie pas qu'aucune procédure interne n'existe. [8]
Liens:
- Hirslanden (Cecil / Bois-Cerf)
Formulaire / page complémentaire - CHUV
- GHOL
Formulaire / page complémentaire. - eHnv
Formulaire / page complémentaire - Hôpital Riviera-Chablais
Formulaire / page complémentaire - Ensemble Hospitalier de la Côte
- Clinique de La Source
Formulaire / page complémentaire - Swiss Medical Network / Genolier
Formulaire / page complémentaire
5. Hirslanden: deux défauts objectifs et une embûche supplémentaire
5.1 Une base légale qui n'est plus en vigueur
Le formulaire Hirslanden publié pour les Cliniques Cecil et Bois-Cerf invoque l'«art. 8 de la loi fédérale du 19 juin 1992 sur la protection des données». Cette loi a été remplacée par la LPD du 25 septembre 2020, entrée en vigueur le 1er septembre 2023; le droit d'accès se trouve désormais notamment à l'art. 25. Un formulaire indiqué comme valable dès février 2025 repose ainsi sur une référence légale objectivement périmée. [3] [6] [7]
L'erreur ne fait pas disparaître le droit du patient et ne suffit pas à invalider chaque traitement effectué au moyen du formulaire. Elle importe néanmoins: une institution de soins ne devrait pas présenter comme fondement actuel une disposition abrogée, surtout lorsque le document a précisément pour fonction d'informer la personne sur l'exercice d'un droit.
5.2 Un titre large, mais des cases étroites
Le document s'intitule «Formulaire de demande de dossier patient». Il propose pourtant essentiellement des catégories partielles: résumé d'un séjour aux urgences, comptes rendus de radiologie, lettres de sortie et protocoles opératoires, puis une case «Autres (préciser)». Il ne comporte pas de choix explicite «copie complète de mon dossier médical». Il ne présente pas non plus, dans le formulaire, la consultation, l'explication de la signification ou la transmission au professionnel choisi. [6]
Une personne juriste peut écrire «dossier complet» dans la case résiduelle. Une personne qui se fie au titre et aux options visibles peut au contraire croire que le dossier se résume aux documents proposés. Le risque n'est donc pas purement sémantique: l'architecture du formulaire peut conduire à solliciter moins que ce que le droit garantit. Ce risque est accru pour les personnes qui ne maîtrisent ni le français administratif ni la structure d'un dossier médical.
Le délai annoncé de trente jours et l'exigence d'une pièce d'identité vont, en revanche, dans le sens d'un traitement organisé et sécurisé. L'analyse doit conserver ces éléments favorables au lieu de transformer toute imperfection en illégalité globale. [4] [6] [27]
5.3 Le renvoi vers le formulaire après un courriel clair
Le formulaire indique, pour les Cliniques Cecil et Bois-Cerf, l'adresse documentation.lausanne@hirslanden.ch. Le patient devrait avoir la possibilité de simplement demander par courriel copie de son dossier. [6]
La pièce d'identité répond à une exigence légitime de sécurité et doit rester proportionnée. Le formulaire pose une autre question: ni l'art. 24 LSP ni les art. 25 LPD et 16 OPDo ne font d'un modèle propre à l'établissement une condition de validité. Si le courriel exprime déjà sans ambiguïté la volonté d'obtenir l'intégralité du dossier, le PDF devrait seulement compléter les renseignements manquants, non obliger la personne à recommencer. Cette étape est une embûche supplémentaire; elle peut retarder ou décourager l'accès et ramène l'usager vers des cases qui ne prévoient précisément pas le dossier complet. [1] [2] [3] [4] [27]
5.4 La question des médecins accrédités indépendants
Hirslanden précise que les médecins accrédités sont indépendants juridiquement et organisationnellement et invite à contacter leur secrétariat pour tout rapport médical. Cette séparation peut correspondre à une réalité de responsabilité: un établissement ne peut remettre ce qu'il ne détient pas et un praticien indépendant peut être responsable d'une partie distincte du dossier. [6]
Elle ne devrait toutefois pas devenir un angle mort. Les pièces effectivement détenues par la clinique restent soumises au droit d'accès, même si elles proviennent d'un médecin accrédité. Lorsqu'un séjour produit plusieurs ensembles documentaires, une interface loyale devrait dire qui détient quoi, fournir les coordonnées utiles et, avec l'accord de la personne, transmettre ou coordonner la démarche. Le patient ne devrait pas devoir reconstituer seul l'organigramme juridique de sa prise en charge.
5.5 Une qualification juridique mesurée
La conclusion la plus solide est double. Le formulaire public est imparfaitement aligné sur l'art. 24 LSP, et le renvoi documenté montre que son architecture peut produire un obstacle concret. Cela ne prouve toutefois ni un refus définitif de remettre le dossier, ni une pratique systématique. Si le PDF reste facultatif et que la portée du courriel initial est conservée, l'irrégularité n'est pas établie. Si l'accès est suspendu jusqu'à sa complétion malgré un écrit suffisamment précis et une identité vérifiable, la formalité devient difficilement conciliable avec le droit d'accès. [1] [2] [3] [4] [27]
6. Les autres établissements: de vrais modèles et des angles morts
6.1 Le CHUV, le GHOL et les eHnv rendent le droit visible
Le CHUV explique que la personne peut demander le dossier complet ou des pièces déterminées. Il accepte le formulaire ou une lettre signée, prévoit une remise sur papier ou sur clé USB et organise l'envoi à un médecin extérieur choisi. La page indique aussi des délais distincts selon l'étendue de la demande. Lors de notre vérification, le lien vers le PDF du formulaire a renvoyé une erreur; l'alternative de la lettre signée limite toutefois l'effet de cette panne et illustre l'importance de ne jamais dépendre d'un seul lien. [5]
Le GHOL offre le parcours le plus explicite de l'échantillon. Sa page reprend les composantes de l'art. 24 LSP et son formulaire propose le dossier complet, des pièces ciblées, plusieurs supports, la transmission à un professionnel ou à un tiers, ainsi qu'un mode sécurisé via le DEP. Un formulaire anglais est également annoncé. Les eHnv proposent eux aussi une case «mon dossier médical dans son intégralité», l'envoi à la personne ou au médecin traitant et une aide sur place. Ces exemples démontrent que la clarté n'est ni techniquement difficile ni incompatible avec la sécurité. [9] [10] [11] [12]
6.2 HRC: demander une raison ajoute une barrière inutile
La page de l'Hôpital Riviera-Chablais reconnaît clairement le choix entre un dossier complet et des documents particuliers. Le formulaire en ligne demande toutefois une «raison de la demande». Or l'art. 24 LSP ne subordonne pas l'accès à un intérêt particulier et, lorsque la LPD fédérale s'applique, le PFPDT indique expressément qu'aucune motivation n'est requise. Si le champ est obligatoire, il constitue une condition supplémentaire difficile à défendre; même facultatif, il peut laisser croire que la personne doit justifier son droit. [4] [13] [14]
La page annonce par ailleurs jusqu'à deux mois pour un dossier complet, tandis que le formulaire évoque un délai maximal d'un mois. L'art. 24 LSP ne fixe pas lui-même un nombre de jours et le régime procédural dépend du statut de l'établissement; l'incohérence mérite néanmoins d'être corrigée. La personne doit pouvoir savoir quel délai s'applique et être informée d'une prolongation. [13] [14]
6.3 EHC et La Source: un canal existe, mais le droit reste peu lisible
L'Ensemble Hospitalier de la Côte publie une adresse e-mail dédiée sur la page de contact de l'Hôpital de Morges. C'est utile, mais la page trouvée n'explique ni le dossier complet, ni la gratuité de principe, ni la consultation ou la transmission. La Clinique de La Source permet quant à elle d'adresser au délégué à la protection des données des demandes générales d'accès, de rectification ou d'autres droits. Dans le périmètre public consulté, nous n'avons pas identifié de page dédiée à l'art. 24 LSP ou de formulaire spécifique au dossier médical. [15] [16] [17]
Il faut résister à une inférence excessive: l'absence de parcours aisément repérable ne prouve pas l'absence de procédure interne. Elle constitue en revanche un déficit d'information publique. La personne ne devrait pas avoir à traduire seule une déclaration générale de protection des données en demande de dossier médical complet.
6.4 Swiss Medical Network: la phrase sur les frais doit être qualifiée
L'information générale de Swiss Medical Network reconnaît la consultation, la copie et la transmission, mais indique que la copie «peut être payante» selon le travail nécessaire, annoncé à l'avance. Cette phrase n'établit pas qu'une clinique facture effectivement de manière illicite. Elle est néanmoins incomplète au regard de l'art. 24 LSP, qui pose la gratuité de principe, et du cadre fédéral, qui réserve la participation aux cas d'effort disproportionné. Une formulation loyale commencerait par la gratuité et décrirait ensuite l'exception. [1] [4] [18]
Sur la page de téléchargements de la Clinique de Genolier, aucun formulaire dédié au dossier n'a été identifié lors de la vérification. Là encore, le constat porte sur le parcours public, non sur le fonctionnement du service chargé des dossiers. [19]
7. Personnes âgées, handicapées ou allophones: quelle portée juridique?
L'intuition selon laquelle un formulaire peut désavantager certaines personnes est juridiquement sérieuse, mais elle doit être formulée avec précision. L'art. 24 LSP ne contient pas une obligation générale de publier chaque formulaire en dix-huit langues, en FALC et dans tous les formats accessibles. Le fait d'être âgé ou allophone ne crée pas, à lui seul, un droit automatique à une traduction gratuite de toute démarche. Et sans audit technique ni refus d'un aménagement demandé, on ne peut pas conclure qu'un PDF déterminé viole la législation sur le handicap.
Le cadre n'est pourtant pas neutre. La Convention de l'ONU relative aux droits des personnes handicapées demande aux autorités de favoriser l'accès à l'information et aux services de santé; la LHand impose des mesures aux collectivités publiques et interdit la discrimination par les particuliers qui fournissent des prestations au public. L'art. 24 LSP lui-même ne s'arrête pas à la remise matérielle: il reconnaît aussi le droit de se faire expliquer la signification du dossier. [1] [20] [21]
Il faut donc distinguer trois niveaux. Le premier est le minimum légal immédiat: ne pas réduire le dossier, ne pas exiger de motif, traiter les écrits libres et proposer une vérification d'identité proportionnée. Le deuxième est l'aménagement individuel lorsqu'une personne en situation de handicap ne peut utiliser le canal standard. Le troisième est la conception universelle, qui relève à la fois de l'égalité, de la qualité et de la prévention: langage clair, HTML accessible, version FALC, formulaire papier, assistance téléphonique ou sur place, et langues adaptées aux besoins de la population.
Le Canton montre déjà que cette approche est réalisable: sa brochure sur les droits des patients est disponible en dix-huit langues et une page d'orientation en cas de problème existe en FALC. Il serait incohérent de réserver cette accessibilité à la plainte, après qu'un obstacle a produit son effet, sans l'encourager au moment de la demande initiale. [22] [23]
8. Le rôle de l'État de Vaud: informer, surveiller, corriger
8.1 Ce que le Canton fait déjà
Le dispositif vaudois ne repose pas uniquement sur les établissements. L'État publie l'information officielle sur l'accès au dossier et une brochure multilingue. Le Bureau cantonal de médiation informe et aide à résoudre les difficultés. La Commission d'examen des plaintes a pour mission d'assurer le respect des droits consacrés par la LSP et peut traiter les plaintes touchant aux établissements et aux professionnels. Ces voies sont présentées sur le portail cantonal. [1] [2] [22] [24]
8.2 La surveillance permet d'agir en amont
Pour les établissements privés, l'autorisation d'exploiter suppose notamment une organisation adéquate respectant les droits des patients. Le Département de la santé et de l'action sociale (DSAS) dispose en outre de pouvoirs de surveillance et d'inspection. Ces bases ne signifient pas qu'il doit préapprouver chaque PDF ni qu'une erreur de formulaire justifie immédiatement une sanction. Elles permettent en revanche de vérifier si l'organisation rend les droits effectifs, surtout lorsqu'un défaut est répété, systémique ou signalé par des plaintes. [2] [25]
Le contrôle d'un droit d'accès ne devrait donc pas commencer seulement après un refus individuel. Une revue documentaire des formulaires, délais annoncés, frais, canaux et responsabilités peut s'intégrer à la surveillance de la qualité. C'est une mesure légère, vérifiable et proportionnée.
8.3 Ce que le Canton devrait faire
1. Publier un modèle cantonal commun. Il devrait contenir le choix «dossier complet», les pièces ciblées, la consultation, l'explication, la transmission, les supports, la gratuité de principe et les exceptions.
2. Affirmer que le modèle reste facultatif. Une lettre ou un courriel suffisamment précis doit être enregistré et traité; l'établissement ne devrait réclamer ensuite que les données réellement manquantes et la preuve d'identité nécessaire.
3. Édicter une liste de contrôle publique. Elle permettrait aux établissements de vérifier leurs bases légales, délais, frais, règles de représentation, sécurité de l'envoi et répartition entre responsables de traitement.
4. Intégrer l'interface aux inspections et aux exigences de qualité. Le contrôle porterait sur les pages et formulaires réellement visibles, avec un échantillonnage périodique et une procédure de correction avant sanction.
5. Tester les parcours avec les personnes concernées. Des associations de patients, de personnes handicapées, de personnes âgées et des interprètes communautaires devraient participer aux tests d'usage.
6. Exiger plusieurs canaux. Le numérique ne devrait jamais être la seule porte: lettre libre, téléphone d'assistance, dépôt sur place et transmission sécurisée doivent rester possibles selon les besoins.
7. Publier quelques indicateurs. Délais moyens, proportion de demandes complètes, frais réclamés et plaintes permettraient de repérer les écarts sans divulguer de données de santé.
Une recommandation ou un modèle peuvent être publiés sans prétendre créer une nouvelle condition légale. Si le Canton voulait rendre obligatoires des prescriptions techniques très détaillées, il devrait vérifier la base normative et adopter l'instrument approprié. L'essentiel est de ne pas confondre cette prudence institutionnelle avec l'inaction: les art. 147 et 151 LSP donnent déjà un point d'appui pour examiner l'organisation et le respect des droits. [2]
9. Le socle minimal d'un formulaire conforme
Un bon formulaire ne doit pas reproduire un traité de droit. Il doit rendre les choix décisifs visibles sans exiger de la personne qu'elle connaisse la structure du dossier. Le socle suivant peut être appliqué immédiatement par tout établissement vaudois:
1. une première option «Je demande une copie complète de mon dossier»;
2. la mention qu'une lettre ou un courriel suffisamment clair est également recevable et que le formulaire n'est pas obligatoire;
3. une option distincte pour des pièces ou une période déterminées;
4. le choix entre consultation, remise et transmission au professionnel de santé désigné;
5. la mention de la gratuité de principe et des seuls frais exceptionnels, annoncés avant traitement;
6. l'indication qu'aucune raison n'est nécessaire;
7. plusieurs supports et un mode de transmission sécurisé;
8. une preuve d'identité proportionnée et une explication sur son traitement;
9. un délai clair, avec information en cas de prolongation;
10. des règles lisibles pour la représentation, les mineurs et les situations particulières;
11. un canal d'assistance, une version accessible et des informations dans les langues utiles;
12. l'identification des responsables distincts, avec coordination lorsque des médecins accrédités détiennent une partie du dossier.
Le GHOL et les eHnv montrent qu'une grande partie de ce socle existe déjà dans le canton. Il ne s'agit donc pas d'imposer un dispositif théorique, mais d'harmoniser au niveau le plus protecteur des pratiques déjà éprouvées. [9] [10] [11] [12]
10. Un modèle de demande qui ne suppose pas de connaître le droit
Le texte suivant peut être adapté par une personne qui souhaite l'intégralité de son dossier. Il ne remplace pas une procuration lorsqu'un tiers agit en son nom, ni les règles particulières applicables aux mineurs, aux personnes décédées ou aux personnes privées de discernement.
Conclusion - Le droit doit être visible avant d'être contesté
Le formulaire Hirslanden fournit un cas d'école parce que son défaut est démontrable sans spéculer sur les intentions de l'institution: il cite une loi remplacée et, sous un titre général, ne propose pas le dossier complet parmi les choix visibles. Cela peut induire une requête partielle, notamment chez les personnes qui dépendent le plus de l'information fournie par l'établissement. Il serait discutable qu'un patient ayant déjà sollicité l'intégralité de son dossier par courriel soit renvoyé vers cette interface et soit obligé de compléter le formulaire. [6] [28]
La copie de la pièce d'identité est par ailleurs défendable si elle reste proportionnée. L'embûche devient juridiquement plus sérieuse si le traitement demeure subordonné à une formalité que ni l'art. 24 LSP ni l'OPDo n'imposent. L'objet de l'article reste l'écart entre le droit et son interface, non un procès d'intention. [1] [4] [27]
La comparaison donne enfin une direction constructive. Certains acteurs vaudois rendent déjà le dossier complet, la gratuité, les canaux et la transmission parfaitement visibles. Le Canton peut s'appuyer sur ces modèles, sur ses propres ressources multilingues et FALC, et sur ses compétences d'information et de surveillance pour fixer un socle commun. Le formulaire peut aider, mais un écrit suffisamment clair doit déjà ouvrir le parcours. Le meilleur moment pour garantir un droit n'est pas après la plainte: c'est au premier contact avec la personne. [1] [22] [23]
Sources
1. État de Vaud - Accès au dossier - Présentation officielle de l'art. 24 LSP et du contenu du dossier.
2. Base législative vaudoise - Loi sur la santé publique (LSP; RSV 800.01) - Texte consolidé; notamment art. 15a, 15d, 24, 147 et 151.
3. Fedlex - Loi fédérale sur la protection des données (LPD) - LPD du 25 septembre 2020, en vigueur depuis le 1er septembre 2023; notamment art. 25.
4. PFPDT - FAQ Protection des données - Modalités de l'accès: absence de motivation, délai, identité et frais exceptionnels.
5. CHUV - Accéder à votre dossier médical - Parcours public, dossier complet ou pièces déterminées, lettre signée et transmission à un médecin.
6. Hirslanden Clinique Cecil - Formulaire de demande de dossier patient (PDF) - Formulaire analysé; version 3 indiquée comme valable dès le 6 février 2025.
7. Hirslanden Clinique Cecil - Votre séjour - Page publique donnant accès au formulaire; le même formulaire est proposé pour Bois-Cerf.
8. Fédération des hôpitaux vaudois (FHV) - Présentation de la fédération et de ses établissements membres.
9. eHnv - Demande d'accès au dossier patient - Parcours public et possibilité d'aide sur place.
10. eHnv - Formulaire de demande d'accès (PDF) - Formulaire proposant expressément le dossier dans son intégralité.
11. GHOL - Droits des patientes et patients - Information sur le dossier complet, l'explication, la gratuité de principe et la transmission.
12. GHOL - Formulaire de demande de dossier médical (PDF) - Édition affichée 11/2025; modes sécurisés et formulaire anglais également annoncé.
13. Hôpital Riviera-Chablais - Demande de dossier patient - Page distinguant dossier complet et documents particuliers.
14. Hôpital Riviera-Chablais - Formulaire en ligne - Formulaire public comportant notamment un champ sur la raison de la demande.
15. Ensemble Hospitalier de la Côte - Nous contacter (Hôpital de Morges) - Adresse électronique dédiée aux demandes de dossier patient.
16. Clinique de La Source - Déclaration de confidentialité - Canal général pour les demandes relatives aux données personnelles.
17. Clinique de La Source - Bon à savoir - Informations publiques aux patients, consultées pour rechercher un parcours dédié.
18. Swiss Medical Network - Information aux patients sur la protection des données - Information générale sur la consultation, la copie, la transmission et d'éventuels frais.
19. Clinique de Genolier - Téléchargements - Page de formulaires examinée pour rechercher une demande dédiée au dossier.
20. Fedlex - Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH) - Notamment art. 9, 21 et 25 sur l'accessibilité, l'information et la santé.
21. Fedlex - Loi sur l'égalité pour les handicapés (LHand) - Notamment art. 5 et 6.
22. État de Vaud - Droits des patients, résidents et personnes en situation de handicap - Brochure cantonale proposée en dix-huit langues.
23. État de Vaud - Orientation en cas de problème, version FALC - Exemple cantonal d'information en français facile à lire et à comprendre.
24. État de Vaud - Plaintes et droits des patients - Médiation, Commission d'examen des plaintes et voies d'orientation.
25. État de Vaud - Bases légales de la Direction générale de la santé - Portail officiel vers la LSP et le règlement sur les établissements sanitaires.
26. Conseil d'État vaudois - Réponse à l'interpellation 19_INT_281 - Distinction entre dossier médical complet et dossier électronique du patient.
27. Fedlex - Ordonnance sur la protection des données (OPDo) - Notamment art. 16 et 18: forme écrite ou électronique, identification et délai de réponse.
Note méthodologique et éditoriale
Cette analyse est fondée sur le droit en vigueur, les contenus publics identifiés en août 2026. Aucun test comparatif n'a été initié, aucun entretien n'a été mené avec les établissements et aucun audit technique WCAG des pages ou PDF n'a été réalisé. Avant publication, un droit de réponse factuel peut utilement être proposé aux institutions citées.
L'article présente une analyse générale et ne constitue pas un avis juridique sur une situation individuelle. Les règles de représentation, de capacité de discernement, d'accès au dossier d'une personne décédée, de secret professionnel et de protection des tiers exigent une appréciation propre à chaque cas.